Les Américains aiment bien se lancer des défis. J.F.Kennedy (1961) a été le premier président catholique et avait promis d'envoyer un homme sur la lune, avant les Russes. Barack Obama est le premier président noir de l'histoire deux fois centenaire des États Unis à gagner les élections parce qu'il a su soulever un immense espoir de changement. Il est le nouveau visage du rêve américain, il incarne les "vraies" valeurs américaines : l'ouverture, le dynamisme, l'innovation, la générosité, la persévérance, le courage d'aller jusqu'au bout d'un projet. Grâce à sa jeunesse, son charisme, son éloquence, il a su galvaniser les foules désenchantées par les huit années désastreuses de l'administration Bush. Dans un virage incroyable d'audace et de dynamisme, il va mettre un terme à cette Amérique plombée, isolée, provoquant, dans le monde entier, la haine contre elle. Il connaît la difficulté de la tâche :"La route sera longue et le chemin escarpé, disait-il dans son premier discours à Chicago. Il y aura des revers, des faux départs mais je vous le promets : nous y arriverons". Il faudra d'abord corriger les nombreuses erreurs du "bushisme" et lancer ensuite une autre politique plus juste, plus égalitaire et plus pacifique. La tâche la plus rude depuis le président Roosevelt. Les enjeux sont graves et importants : "deux guerres, une planète en péril et la pire crise financière depuis un siècle." Bush croyait régler les conflits par la force et imposer la démocratie par la guerre. Il a refusé de signer le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre et de lutter contre le réchauffement climatique ; "On ne peut pas nous faire changer notre mode de consommation par la contrainte" disait-il. Par son attachement à l'économie libérale, il a encouragé les déficits publics pour financer ses guerres et les crédits pour relancer l'économie. On voit aujourd'hui où a mené cette politique laxiste du " laisser faire les marchés". Pour Obama, il s'agit de redresser la barre et de choisir une autre voie : donner un rôle plus important à l'État, taxer les riches pour réduire la pauvreté, donner à chaque citoyen une couverture médicale digne de la richesse du pays et surtout rallier le camp des pays respectueux de l'environnement. Al Gore pourrait trouver là un chantier à sa mesure. S'il a été élu avec une forte avance ( 52% contre 46%) c'est aussi dû au fait que le clivage social a transcendé le clivage racial. Les USA n'ont pas eu peur d'élire un métis à la tête de l'État. Obama raconte qu'il était triste d'entendre sa grand-mère blanche lui dire qu'elle avait peur des noirs en sortant en rue. C'est pourquoi il avait besoin de rassembler toute la population autour de son nom. La crise économique et le ras-le-bol de Bush ont été plus déterminants que la couleur de la peau du candidat. M.L.King aurait été heureux d'assister à cet événement. 40 ans après son assassinat en 1968, c'est sa victoire posthume. C'est lui qui avait obtenu, grâce à ses manifestations pacifistes, que les noirs puissent s'inscrire sur les listes électorales. Gardons-nous, cependant d'un excès d'enthousiasme. Car si Barack Obama est capable de corriger les erreurs de son prédécesseur, il reste un vrai américain, il ne remet pas en question l'économie de marché, le port d'armes, la peine de mort et le leadership des USA sur la planète.
"La véritable force de notre nation ne provient pas de la puissance de nos armes, ni de la taille de nos richesses mais du pouvoir de nos idées : démocratie, liberté, chances et espoir inébranlable." (Barack Obama)