J'ai été assez ému de constater que le traditionnel concert du Nouvel An à Vienne était dirigé par Daniel Barenboim. Cet homme, au parcours atypique, en a profité pour lancer un appel à la paix au Moyen-Orient au moment où débutait la guerre à Gaza. Chez lui, ce n'était pas un souhait de pure convenance mais un engagement de toute sa personne.
En effet, ce pianiste virtuose et chef d'orchestre mondialement connu est aussi un militant de la paix en Palestine. D'origine juive et argentin de nationalité, il a fondé un orchestre où se côtoient des musiciens israéliens et arabes. Créé en 1999, à Weimar, en Allemagne, le West-Eastern Divan Orchestra parcourt le monde entier pour promouvoir l'entente entre les frères ennemis, en prouvant qu'elle est possible, grâce à la musique. Le dimanche 22 août 2005, ayant déjoué toutes les difficultés administratives, il donna, avec son orchestre de la paix, un concert à Ramallah, siège du gouvernement palestinien, devant 700 personnes enthousiastes. Son but est de montrer que la musique permet aux hommes de mieux se comprendre et prépare les esprits à la paix.
Malheureusement, trois ans plus tard, il ne semble pas, du moins pour l'instant, avoir été entendu. Entre Noël et Nouvel An, l'armée israélienne, la 4ème armée du monde entre dans Gaza et, sous prétexte d'éradiquer le Hamas, écrase tout sur son passage, tuant plus de civils que de combattants armés.
Pour comprendre ce qui se passe à Gaza, il faut remettre les événements dans une perspective historique et ne pas se concentrer uniquement sur les faits ponctuels rapportés par les médias. A écouter certains journalistes et les dirigeants israéliens, l'offensive se justifie par les tirs de roquettes du Hamas. Mais on oublie la responsabilité de l'État hébreu, du moins de ses dirigeants politiques. On oublie de mentionner le blocus de la bande de Gaza qui transforme ce petit territoire de 362 Km2 en prison à ciel ouvert, rendant la vie de ses habitants extrêmement dure, provoquant famine et privations. On oublie les attentats "ciblés", sans jugement, de militants palestiniens. On oublie la guerre du Liban, en 2007, avec la mort de plus de 1000 civils et des bombes à sous-munitions dans les champs d'oliviers que les soldats belges doivent déminer au risque de leur vie. On oublie la poursuite illégale de la colonisation de la Cisjordanie, pourtant territoire reconnu par l'O.N.U. (Organisation des Nations Unies) comme revenant aux Palestiniens pour qu'ils puissent un jour créer leur État. Comment ne pas comprendre que tant de souffrances, de frustrations, d'humiliations ne poussent pas une population injustement opprimée à se révolter, à réagir par la violence quand tant de processus de paix ont tourné court, au dernier moment. Quand tant de promesses n'ont pas été tenues ni par les dirigeants israéliens, ni par la communauté internationale.
Les Palestiniens attendent toujours la création de leur État dans des frontières sures et viables, le retrait de l'armée de tous les territoires occupés, le retour des réfugiés de 1948 et de 1967 et la libération de centaines de prisonniers détenus de façon arbitraire en Israël. Dans une interview récente au Nouvel Observateur, Daniel Barenboïm s'interrogeait sur l'efficacité de la politique conduite par le gouvernement israélien : « Ils ne comprennent pas. Ils pensent que si on est fort, on obtient la paix. Pas du tout ! Nous l'obtiendrons si nous sommes justes. » Et il terminait par une mise en garde : « Si nous ne donnons pas aux Palestiniens ce qui leur est dû, l'existence même d'Israël risque d'être remise en question. »